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27 Juillet 2011
Piloter un avion quand on est aveugle, c'est possible. L'association «Les Mirauds volants» le prouve: elle organise un stage cette semaine à Saintes. Avec des élèves heureux.
Ève fait le tour du petit avion en y promenant timidement ses doigts. «Tu sens? Ici, c'est un tube de Pitot. Ça sert à mesurer la vitesse. Teddy, viens là, touche l'hélice avec tes deux mains», encourage Francis Boissinot. Ève, intimidée, n'avait jamais approché un avion. Venue de Paris, elle est aux côtés de Cyprien le Strasbourgeois et de Véronique la Bordelaise, qui, sourire ravi, est en train de réaliser un rêve qu'elle a depuis «très, très, très longtemps».
Francis Boissinot, c'est le local de l'étape. Membre de l'aéro-club de Saintes, lunettes noires sur le nez et canne blanche téléscopique à la ceinture, il vole depuis 2005: «J'ai perdu la vue suite à un accident. J'étais parachutiste et je voulais déjà apprendre à piloter avant. J'ai réalisé mon rêve.»
Christiane Michon, venue de Nantes, rigole: «J'avais toujours entendu dire que pour piloter, il fallait 10 sur 10 à chaque oeil...» Malvoyante, elle adore «les sensations visuelles, la ligne d'horizon». Bernard d'Onorio, c'est un passionné. Il vole dès qu'il peut: «C'est génial. On nous décrit le paysage et on le ressent dans la tête.» Des stages de ce style, «Les Mirauds volants» en organisent un peu partout en France. On commence par familiariser les élèves pilotes avec l'avion au sol, on les fait travailler avec un simulateur de vol et on les fait voler, avec toujours un pilote voyant à leurs côtés.
Repérage à l'oreille
Alex Génicoud est l'instructeur - voyant - du stage: «Il faut juste les guider davantage avec la voix. Ce sont bien eux qui pilotent. Le plus difficile, c'est l'atterrissage, comme pour tout le monde.» À l'origine de ces formations, l'un des fondateurs de l'association «Les Mirauds volants», Patrice Radiguet, malvoyant. «J'avais envie de voler, c'est tout. On me disait que c'était infaisable. Alors je l'ai fait!» C'était en 1999 à Toulouse. Depuis, Patrice Radiguet a accumulé plus de 500 heures de vol. Tout en inventant, au fur et à mesure, les instruments pour faciliter les choses, comme les cartes en relief. «Un jour, sourit-il, le père Noël est arrivé. C'était un groupe d'ingénieurs de chez Thalès. Ils nous ont dit: "Qu'est-ce qu'on peut faire pour vous?" On a travaillé avec eux pendant huit ou neuf mois.» Le Soundflyer était né. Un outil magique qui permet à l'aveugle de se repérer à l'oreille. Avec un codage sonore doublé d'un GPS avec synthèse vocale, capable d'indiquer la vitesse, la localisation, l'altitude (2).
Le premier vol de Patrice? «J'ai ressenti une joie immense, une impression de liberté totale, même si c'est une liberté très encadrée. On a la sensation de l'avion qui se déplace dans l'air. Et le plaisir de mener une machine dans les trois dimensions de l'espace...»
Mais la plus grande satisfaction, c'est «toute la démarche intellectuelle de préparer le vol, de prendre les cartes de navigation, de se dire: "On va passer par là, on va parcourir telle distance, on va voler à telle altitude". La construction du vol, c'est ça le plus passionnant.» Patrice prend les nuages à témoin: «On vole dans le même ciel que les autres, avec les mêmes machines!»
(1) mirauds.volants.free.fr
(2) Le Soundflyer, qui en est à sa deuxième version, est en quête de financements. Contact sur le site.
Source : Charente libre